• Interview Assassin (1993)

    Si certains commencent à dire qu’Assassin est un groupe de rap violent, regarde autour de toi, tu comprendras ce que violent veut dire : l’armée américaine qui bombarde l’Irak, ça c’est violent ; ce qui se passe en Bosnie, ça c’est violent ; les bavures policières, ça c’est violent…

    Photo © Alain Garnier

    Interview réalisé en 1993 (DWT numéro 1, édition papier)

    Down With This : Beaucoup disent que les musiques et le phrasé de votre premier album sont vieux, qu’il y a plein de dégoût à son écoute. Comment jugez-vous donc votre premier album ?
    Assassin : Pour reprendre une phrase des NTM : “La critique est facile, créer est beaucoup plus difficile”. C’est pas à nous de juger notre album. C’est aux gens de le juger. On ne peut pas plaire à tout le monde, il y a des gens qui aiment, d’autres qui ne se sentent pas concernés. Nous on existe ! Il est possible qu’aujourd’hui, certains n’aiment pas trop l’album mais que dans un an, ils le trouvent trop mortel. En ce qui nous concerne, on est déjà sur d’autres choses.

    DWT : Pourquoi utiliser de vrais instruments (Olympia) ?
    Assassin : C’est pour élargir le champ musical. Plus tu rajoutes des instruments live, plus t’as de combinaisons. Aujourd’hui, sur scène, il y a deux batteries, des percus et peut-être que demain, il y aura des bassistes, des trompettistes… Dans le prochain album, il va sûrement y avoir des morceaux avec des instruments live. Si certains commencent à dire qu’Assassin est un groupe de rap violent, regarde autour de toi, tu comprendras ce que violent veut dire : l’armée américaine qui bombarde l’Irak, ça c’est violent ; ce qui se passe en Bosnie, ça c’est violent ; les bavures policières, ça c’est violent…

    DWT : Pourquoi n’êtes-vous plus sur Remark Records ?
    Assassin : Parce que ça s’est mal passé au niveau de la politique de la maison de disques, il y a eu un décalage. On a signé avec Remark Records, parce qu’à l’époque il nous fallait exister. La résiliation du contrat avec Remark nous a grillé pendant deux ans. Toute l’industrie du disque marche main dans la main, c’est ce qu’on explique dans “Au centre des polémiques”. Mais tu vois, dans la vie, quand tu lâches pas l’affaire, tu y arrives et c’est pas ça qui a tué Assassin. Bien au contraire, ça nous a rendu encore plus forts et plus mâtures dans de nombreux domaines. Cette mésaventure nous a permis de prendre du recul et de comprendre beaucoup de ficelles au business, ce qui nous permet d’arriver aujourd’hui beaucoup plus parés. Bien que cela nous ait bloqué pendant deux ans, ça a été une expérience bénéfique.En fait hardcore, ça ne veut pas dire grand chose car se dire hardcore, c’est bien beau mais après il faut voir ton comportement au quotidien, c’est facile de parler mais il faut agir, il faut prendre les devants, c’est ça qui est important.

    DWT : Que pensez-vous des groupes dont les textes sont dits “hardcore” et dont la façon de chanter est cool ?
    Assassin : Le hardcore ne se limite pas pas simplement à la façon de chanter, tout dépend de ce dont tu parles. L’attitude hardcore ne concerne pas simplement le rap. Un groupe comme Rage Against The Machine est un groupe hardcore. En fait hardcore, ça ne veut pas dire grand chose car se dire hardcore, c’est bien beau mais après il faut voir ton comportement au quotidien, c’est facile de parler mais il faut agir, il faut prendre les devants, c’est ça qui est important. Par exemple Assassin tient un certain discours sur les médias institutionnels. Quand l’album “Le Futur que nous réserve t-il ?” est sorti, le premier acte promotionnel à notre actif, a été d’inviter l’ensemble de la presse parallèle à une conférence de presse strictement réservée aux médias underground. Il faut mettre en application ce que tu racontes sinon ton discours n’a aucune crédibilité.

    DWT : Quelles sont les raisons de cette façon assez pointue de travailler sur les interviews ?
    Assassin : C’est une question de contrôle de l’image. On veut bien rendre des comptes sur ce qu’on ne dit mais pas sur ce qu’on dit pas. On essaye de prendre le maximum de recul par rapport aux médias parce qu’on a déjà été victime de leur démagogie, c’est l’expérience personnelle… Surtout vu le chemin que prend Assassin et les sujets qu’on développe, il y a des gens qui, dés qu’ils pourront, tenteront de nous casser, parce qu’on gène une certaine frange de la population. Mais ça nous permet d’assumer à 100% ce qui est mis en avant par Assassin. Et surtout, c’est bénéfique pour tout le monde car si quelqu’un veut vraiment faire un papier sur Assassin, il aura vraiment un papier d’Assassin. On ne touche surtout pas au rédactionnel, car nous respectons le principe de la liberté de la presse. Nous intervenons simplement sur nos propos. Après, ce que le journaliste raconte sur nous, les chapeaux… etc, ce n’est pas notre travail.

    Le hip hop est un mouvement musical qui n’est pas encore vraiment présent et établi sur le marché, donc tout pas en avant est à saluer. Même si certains groupes sortent sans avoir un niveau incroyable, c’est déjà bien que les gens aient envie !

    DWT : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
    Assassin : On travaille tout le temps, mais le prochain événement d’Assassin c’est un titre qui s’appelle “La peur du métissage” qu’on a fait pour la bande originale du film “Métisse” qui sortira le 18 août 1993. D’ailleurs, ce titre sortira sûrement sur une compilation regroupant toutes les musiques du film. Sinon, on vient de remixer le titre “Race War” extrait du dernier album d’Ice T, ça sortira en septembre 1993.

    DWT : Quelles sont les influences étrangères d’Assassin ?
    Assassin : L’éventail est large : de la soul noire américaine, en passant par les musiques ethniques, le rock, le reggae… On s’inspire de tout et pas seulement de la musique. On lit beaucoup, on regarde autour de nous, on parle avec les gens car c’est aussi de ton environnement que tes influences proviennent. Nous sommes un produit de notre environnement. Si certains commencent à dire qu’Assassin est un groupe de rap violent, regarde autour de toi, tu comprendras ce que violent veut dire : l’armée américaine qui bombarde l’Irak, ça c’est violent ; ce qui se passe en Bosnie, ça c’est violent ; les bavures policières, ça c’est violent… Si l’environnement est violent c’est possible qu’il y est du rap violent.

    DWT : Quelles sont les préférences musicales d’Assassin dans le hip hop français ?
    Assassin : Déjà, qu’il y ait beaucoup de groupes qui sortent, des initiatives qui se concrétisent, c’est bien ! Le hip hop est un mouvement musical qui n’est pas encore vraiment présent et établi sur le marché, donc tout pas en avant est à saluer. Même si certains groupes sortent sans avoir un niveau incroyable, c’est déjà bien que les gens aient envie !  Aujourd’hui, bien souvent, l’homme n’a plus envie, alors si tu te lèves avec le matin avec l’envie, c’est déjà énorme. Donc rien que pour ça, on donne le respect peu importe le produit qui est délivré. Et plus ça ira, plus le hip hop français sera de qualité, c’est une évidence. Il ne faut pas lâcher l’affaire, il faut continuer à travailler, qu’il y ait de plus en plus de groupes. En ce qui nous concerne, c’est vrai qu’on aime la frange hardcore, celle qui reste intègre et qui revendique. Avec le temps, on verra qui reste intègre ! Des fanzines comme vous, ça aussi ça met la pêche, des émissions de télé qui seront montées par des personnes issues du mouvement hip hop, des émissions de radio, c’est toutes ces choses-là, c’est “l’économie hip hop” ! C’est pour cela aussi que nous avons monté Assassin Productions, pour faire avancer les choses et pour être autonome au niveau des produits que nous délivrons. Dans le futur, si on peut produire d’autres groupes, on le fera. Mais pour l’instant, menons Assassin à bien car même si on a rempli l’Olympia, nous n’en sommes encore qu’au début.

    En ce qui nous concerne, c’est vrai qu’on aime la frange hardcore, celle qui reste intègre et qui revendique. Avec le temps, on verra qui reste intègre !

    DWT : Le mot de la fin ?
    Assassin : Il faut garder espoir et ne jamais lâcher l’affaire.

     

    Propos recueillis en 1993 par Nobel
    Retrouvez l’édition originale du premier numéro de Down With This parue en 1993 contenant l’interview d’Assassin en cliquant ici

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Discussion 4 commentaires

  1. 1 septembre 2012 à 17 h 30 min

    20 piges d’avance

  2. 1 septembre 2012 à 13 h 20 min

    la belle époque

  3. 6 mai 2012 à 9 h 22 min

    Vraiment intéressant !!!

  4. 6 mai 2012 à 9 h 22 min

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