• B.E.2N, FC Brussels

    C’est normal et légitime que des groupes comme NTM, Assassin ou IAM voulaient ma mort, ils avaient envie de se faire connaître ! Nous, on était numéro 1 en France alors qu’on venait de Belgique, ils avaient de quoi devenir fous ! (rires)

    Photo © Down With This

    Pour ce 1er avril, ce n’est pas un poisson mais LE gros poisson du « rap game » français du début des années 90 qui débarque sur le plus ancien média hip hop hexagonal. Son nom à lui, c’est bien Benny B ! Signe du destin, nous l’avons retrouvé à Gare du Nord, à quelques pas de Stalingrad… Déroutant, on vous l’accorde. Il ne faisait pas partie des artistes que nous souhaitions voir ou revoir en relançant notre titre sur le net. On aurait pu continuer à l’occulter ou faire un raccourci en le décrivant comme un clown grotesque caricaturant notre culture. On se le disait en 1990, au début de sa courte carrière, mais notre esprit critique s’est un peu affiné avec le temps… Nous avons donc décidé de remonter bien avant les Gynéco, Yannick, La Fouine et l’affreuse Skyrock afin d’en savoir un peu plus sur ce qui l’avait conduit au sommet de la variété française. Malgré un bon DJ à ses cotés, Benny B marquera l’histoire uniquement par son classement dans les charts mais jamais par la qualité de sa musique. Force est de constater qu’aujourd’hui, beaucoup d’autres suivent la même voie mais vocifèrent avec une attitude bien plus grotesque. Quand on y repense, sa musique avait eu au moins le mérite de ne pas nuire aux plus jeunes.
 Alors, pas assez hard-core à votre goût le belge ? Phénomène de foire ? Coup monté de maison de disque ? Vrai passionné de hip hop ? Nous avons réussi à remonter pour vous la terrible filière du rap-variété. Et nous n’avons pas eu besoin du salaire de Bernard de La Villardière pour nous motiver. Ah non, c’est vrai… à l’époque sur M6, c’était plutôt Olivier Cachin, le vendeur de cacahuètes… D’ailleurs, Rap Line avait fait l’erreur de ne pas réaliser la seule interview à la hauteur de son ex-présentateur. En voici une explicite, très exclusive.

    A l’époque, quand il y avait un problème, c’était réglé avec beaucoup de respect. (…) Ça pouvait déborder mais ce n’était jamais comme aujourd’hui où il y a maintenant beaucoup de lâcheté.

    Down With This : Comment se déroule ta jeunesse ?
    Benny B : Je suis originaire de Tanger, Maroc. Mon père a quitté son pays avec sa femme et six enfants pour aller en Belgique. C’est important pour moi parce que ça m’a permis d’avoir une histoire. Je viens d’une classe moyenne, mon père est ouvrier. Ma mère ne travaillait pas pour pouvoir s’occuper de ses neuf enfants, six garçons et trois filles. Elle nous a donné une magnifique éducation. Il y a tout de même quelques sorties de route… un de mes frères, devenu toxicomane, est décédé d’une overdose quand j’en avais 12 ans. On a grandi dans le quartier Maritime, un quartier populaire de Molenbeek, à forte tendance maghrébine. C’est à côté de Bruxelles, là où sont regroupés beaucoup de marocains. J’en parle d’ailleurs dans mon premier texte « Vous êtes fous ! » dans lequel je raconte que c’est « un quartier mal fréquenté ». La police était tout le temps là. Il y avait de la violence, mais rien de comparable avec la violence gratuite d’aujourd’hui. A l’époque, quand il y avait un problème, c’était réglé avec beaucoup de respect. On parlait d’abord, on essayait de mettre les deux personnes concernées en face, en confrontation. Ça pouvait déborder mais ce n’était jamais comme aujourd’hui où il y a maintenant beaucoup de lâcheté. Avant, c’était avec les mains, en face-à-face, sans armes et souvent pour des raisons valables, des codes d’honneur qu’on a perdu aujourd’hui.

    

DWT : Ton parcours est finalement similaire à ce que beaucoup de jeunes ont vécu en France…
    Benny B : Il y a des quartiers partout. Ce sont des problèmes qui concernent tout le monde. J’ai une culture de quartier. J’ai une culture de mâle, avec du machisme. Quand tu as six frères plus grands et plus costauds que toi, ça renforce. On est des hommes fiers. Mon père était aussi un homme fier. Le fait qu’il ait pris sa famille pour monter en Belgique veut dire que c’était quelqu’un de déterminer. J’ai gardé ça de lui. Dans la rue, on est respectés et on respecte tout le monde. On était surtout bien entouré, on avait pleins de potes. On n’a jamais dit du mal de quelqu’un, c’était une mentalité. Dans notre famille, on s’est toujours bien entendu.



    DWT : D’ailleurs, tes grands frères te feront accéder tôt au contact de la musique…
    Benny B : Certains de mes frères étaient videur de boite, portier, barman… Je suis donc parti très tôt en club, vers 14/15 ans. J’allais dans les soirées. J’ai commencé à écouter les sons de mes frères qui ont baigné dans la soul. Ca m’a aussi ouvert les yeux par rapport aux femmes. Ca m’a permis de connaître la vie et surtout le milieu de la rue.



    DWT : Quel a été ton premier contact avec le hip hop ?
    Benny B : L’émission française H.I.P H.O.P de Sydney en 1984. On jouait dehors, on faisait des matchs de foot, on pouvait être n’importe où… mais quand cette émission commençait, on rentrait direct à la maison pour la regarder ! Sydney, pour moi, c’est une icône. Je trouve qu’on ne parle pas assez de lui, surtout dans le milieu de la danse. Le mec a apporté beaucoup de choses dans son émission. Il a été le premier à faire des leçons de danse, faire connaître des gens d’aujourd’hui qu’on voyait déjà dans son émission. C’est le premier phénomène qui m’a attiré vers le mouvement hip hop, bien qu’à la base, j’ai commencé par tagger «Benz» sur tout ce que je voyais, les poubelles, le métro, tout. D’ailleurs, je devais changer mon nom parce que dans le quartier, Benz devenait trop connu (rires). Benny est arrivé après. J’avais vu dans les crédits d’un maxi le nom de Benny B écrit dessus et je me suis dit que j’allais m’appeler comme ça.



    Une culture est la même partout si elle est bien respectée, même si elle vient d’ailleurs. C’était le même phénomène en France mais à cet âge là, on était trop jeune pour penser que d’autres faisaient ça en même temps que nous.

    DWT : Comment as-tu alimenté ton attirance vers cette culture après l’arrêt de cette émission la même année ?
    
Benny B : Je m’intéresse à cette culture, j’écoute mes premiers Grandmaster Flash, je danse sur des cartons dans la rue. La Belgique est petite, Bruxelles aussi. On dansait debout, on faisait que ça avec Serge « Perfect » que je connais depuis l’âge de 5 ans. On était à l’école ensemble. Daddy K habitait aussi à Molenbeek, dans un quartier un peu plus résidentiel. On l’a rencontré quand on avait 14 ans, dans un endroit mythique de chez nous : une cathédrale à Bruxelles qui s’appelle la basilique de Koekelberg. C’est une des plus grandes cathédrales du monde avec une espèce de grande coupole et des escaliers en pierres bleues. Tous les entraînements de break, tous les défis se faisaient là-bas. Tant qu’il n’y avait pas trop de bruit ou de problèmes, on pouvait y danser. On y a donc rencontré Daddy K qui s’entrainait et faisait des battle là-bas. Il était membre d’un groupe, les Dynamic Three, c’étaient des champions. Daddy K était très fort en break mais c’était aussi un des meilleurs DJ de Belgique. On sortait ensemble, on allait dans les clubs, on faisait des démonstrations et surtout on choisissait des coins en ville pour aller danser. On mettait notre casquette par terre pour ramasser de l’argent et aller manger au Mc Do avec. On s’est lié d’amitié. J’ai donc commencé comme ça. Une culture est la même partout si elle est bien respectée, même si elle vient d’ailleurs. C’était le même phénomène en France mais à cet âge là, on était trop jeune pour penser que d’autres faisaient ça en même temps que nous.

    

DWT : Comme en France et dans d’autres pays, la danse semblait être le phénomène majeur du hip hop à ses débuts en Belgique ?
    
Benny B : A la base, je suis danseur. Il faut savoir qu’en ce temps-là il y a une très grande complicité entre les français et les belges. Il y avait beaucoup de battle de danse et les français venaient souvent en Belgique à l’époque. On avait une très grande avance en danse par rapport à eux. Je me souviens d’un groupe de français, les Black Blanc Beur : superbe ! Ils étaient très connu en France. Il y avait aussi les Aktuel Force. Solo aussi qui était dans l’émission H.I.P. H.O.P., très fort. Nous, on avait aussi un groupe très connu en Belgique : les Magical Band. Il y a eu des moments mémorables au temps de la danse (rires). Un jour à la basilique, on devait être entre 2000 et 3000 personnes : l’armée avait été envoyé en pensant que c’était une émeute ! Tout le monde est parti en courant dans l’immense parc d’à côté (rires). Il y avait plein de groupes. C’est bien simple quand les français ne venaient pas à nous, c’est nous qui allions à eux ! On prenait le train pour aller à Paris en fraudant. C’était des trucs de fous. Vous voyez des gars qui ont créé des mouvements de danse, vous les connaissez et vous les voyez les reproduire. C’est comme l’invention de la voiture ces mecs là. Aujourd’hui, quand tu parles à un petit, il te dit qu’il regarde des clips où il y a de la danse. Il apprend mais il n’étudie pas. A notre époque, il fallait travailler, on découvrait le hip hop, on inventait cette danse. La mentalité des battle de l’époque n’était pas comme celle d’aujourd’hui. Il y avait une espèce de rage mais aussi du respect. Aujourd’hui, c’est différent même si les danseurs sont des extraterrestres par rapport aux grandes évolutions qu’on a eu. Et puis petit à petit, en plus de la danse, j’ai été le premier à amener le rap dans un groupe, le premier à rapper sur un instrumental alors que les autres dansaient et tapaient encore dans les mains.



    Perfect, Benny B & Daddy K (1991) © DR

    DWT : Comment en arrives-tu précisément à glisser de la danse vers le rap et l’écriture ?
    Benny B : Le fait de commencer par la danse avec Afrika Bambaataa et tout, ça entraine un premier réflexe : apprendre par cœur les textes de rap américain. Je découvre, je commence à rapper des textes en phonétiques. Comme tous les jeunes, je ne pige pas grand chose en anglais. Et d’ailleurs, vous allez avoir un scoop : à la base, j’écris mes textes phonétiquement comme je les entends ! (rires) Je commence donc à rapper comme ça, en phonétique anglais. A un moment, comme des français viennent en Belgique, j’entends parler du rap français. Il faut bien comprendre qu’on parle d’une époque où il n’y a pas d’émissions de radio ou très peu. Il n’y a pas de téléphone portable GSM. Internet n’existait pas. Il n’y avait rien. Mais des cassettes commencent à circuler et un jour, un copain m’en ramène une de Lionel D ! Je découvre en même temps DJ Dee Nasty : des références quand même ! Donc vers 1985, j’entends parler du rap français mais c’est encore un rap qui n’est pas commercialisé. On en parlait pas ou très peu. De là, je me dis pourquoi ne pas écrire un texte en français ? C’est d’ailleurs l’année où j’ai écris mon premier texte, d’une traite un soir de minuit jusqu’à six heures du matin, celui que vous connaissez tous : « Vous êtes fou ! ».



    Je découvre en même temps DJ Dee Nasty : des références quand même ! Donc vers 1985, j’entends parler du rap français mais c’est encore un rap qui n’est pas commercialisé.

    DWT : Le hip hop est visiblement une passion dans ton parcours, tout comme l’attitude b-boy…
    Benny B : Oui. Je me dis b-boy parce que ça va jusqu’à la sape. J’économisais des sous pour les donner à un gars qui allait à New York. C’était le seul. Quand il nous disait qu’il partait aux Etats-Unis, c’était comme s’il allait à l’autre bout de la terre pour nous ! (rires) Je lui demandais de me ramener un Kangol comme dans Beat Street ou Break Street 84 pour pouvoir marcher dans la rue avec ! Ca, c’est b-boy ! Comme avoir traîné dans les métros et traversé des rails pour faire du graffiti. B-boy, c’est aussi participer à des battles sur des cartons ou à même le sol. D’ailleurs, les vrais de l’époque, tu les repérais vite parce qu’il n’avait plus de cheveux sur la tête à force de tourner dessus ! On se retrouvait le soir à trente ou quarante. Même s’il n’y avait rien à foutre, on exposait les colliers africains qu’on avait fait nous-mêmes. On était là, on faisait rien et on était bien ensemble.



    DWT : A cette époque avais-tu accès à des groupes comme Blow Fly, Fat Boys ou Biz Markie ?
    
Benny B : Mais nous n’écoutions que ça ! Le beat box est très important, c’était la culture américaine. Il faut savoir que le personnage que j’ai créé vient de cette époque là. Mon nom vient de cette culture. Quand tu regardes aussi mon premier single, c’est Benny B featuring Daddy K qui est indiqué. On parle de featuring dans un pays francophone car on voulait vraiment garder cette culture américaine. Notre première pochette de « Vous êtes fous ! », c’est quand même une pochette où il y a des platines. On nous a souvent remercié pour ça, pour avoir amené tous les symboles du hip hop dans les médias. Le pied sur la platine de Daddy K pour montrer les Air Jordan, etc… Il y avait tous ces signes pour montrer qu’on était là, qu’on venait du hip hop et qu’on ramenait la rue dans les médias. On n’était pas fabriqué, on ne nous a pas demandé de nous changer pour s’amuser ou pour s’habiller en marque de rue. C’était nos vêtements et on les a imposé.



    DWT : Le côté lover de LL Cool J est également quelque chose qui t’a inspiré…
    Benny B : LL était une référence pour moi. J’ai d’ailleurs écris une adaptation de « I Need Love » qui s’appelait « Dis-Moi Bébé ». LL Cool J avait été le premier dans le slow dans le monde du rap. J’ai été le premier slow dans le rap français, bien avant Caroline de MC Solaar, sorti en 1992.



    Il faut comprendre qu’en Belgique, à cette époque (1988/1989) arrive la house music, en provenance de Hollande et de Belgique (pays limitrophes) avec Confetti’s et Technotronic.

    DWT : Il y a vraiment un paradoxe entre ce que tu nous racontes, à savoir un parcours très connoté hip hop et tes disques qui ne transpirent plus cette culture américaine que tu affectionnes tant. Ta musique était très house-techno-dance quand même…
    Benny B : Quand tu vis en Belgique, tu vis avec une culture hollandaise et anglaise. Cet album arrive quand ? Autour de 1989. Il faut comprendre qu’en Belgique, à cette époque arrive la house music, en provenance de Hollande et de Belgique (pays limitrophes) avec Confetti’s et Technotronic. Pendant deux ans, on adore la house. C’était la révolution ! Dans les boîtes, ils ne passaient que de la house et de la new wave, pas du Eric B & Rakim. En Belgique germanophone, tu ne rentrais pas avec ta casquette et tes baskets. On devait donc s’habiller autrement. Prend un morceau techno comme « Pump Up The Jam » par exemple. La fille d’Anvers, Ya Kid K, que je connais très bien, rappait merveilleusement bien dessus. Ca a fait le tour du monde ! Tout le monde était fan et moi aussi. Pourquoi ne devais-je pas m’en inspirer, moi qui écoute du rap et qui suis dans le hip hop ?



    DWT : Tu as quand même une culture musicale grâce à tes grands frères qui t’avaient mis dans la soul. Comment pouvais-tu être sensible à ça ?
    Benny B : J’ai cette culture musicale mais je suis très éclectique dans ma musique. Je suis très ouvert mais je suis aussi obligé car j’arrive à un moment où dans mon adolescence, la musique n’est plus si importante pour moi. Je sors avec des potes et des meufs donc sans le vouloir, il y a un changement, une métamorphose. La musique ce n’était plus vraiment comme quand je rentrais de l’école et que je jetais mon cartable, pour après : hop, breaker sur un carton. J’avais découvert autre chose, les sorties, la musique. Quand tu arrives à rentrer dans une boîte où les arabes et les étrangers ne peuvent pas y rentrer, tu vas tout faire pour que la prochaine fois, tu puisses encore y rentrer. Donc l’astuce que tu as utilisée, tu vas la garder et tu vas toujours l’utiliser. Le rap qui frappe devenait moins important pour moi, il était toujours là mais plus autant envahissant dans ma vie. Je découvrais autre chose, d’autres priorités. J’ai quitté l’école à 18 ans et j’ai commencé à travailler comme ouvrier dans une chocolaterie. Je gagnais un salaire équivalent à 1000 € par mois à l’époque. Je donnais la moitié à mes parents. J’étais nourris, logé. Je gardais donc le reste pour les sorties. J’étais tranquille, bien. Mais au bout de trois ans dans cette chocolaterie, ça commençait à me travailler. J’avais envie de faire autre chose. Donc, je me remets à écrire des textes, à travailler, à faire mon rap, à faire des soirées. Ma mentalité avait changé. Je commençais à aimer les sons comme Technotronic et d’autres moins connus comme King Bee et tous les sons hollandais. Il n’empêche que quand je rappais, je rappais toujours sur les instrumentaux de Public Enemy et mes influences : Rob Base, Spoonie G que je suis allé voir en concert un jour. On l’avait vu arriver en training, on se foutait de sa gueule, on ne se rendait pas compte que c’était la mode là-bas.



    DWT : Quel est ton meilleur souvenir à ce moment dans le hip hop ?
    Benny B : Un concert d’Ice T à L’Ancienne Belgique. J’étais au balcon, c’était de la folie ! J’étais venu avec mon posse. Un moment donné j’ai gueulé tellement fort que je l’ai interrompu ! Il a dit : « Shut Up ! Pourquoi tu cries comme ça ?! » Je lui ai dit que j’avais envie de danser avec lui et il m’a dit : « allez viens ! ». Son videur m’aide à descendre par les enceintes. Il fait monter quatre autres gars sur scène et dit : « vous allez danser et celui qui gagne, je lui donne mes sneakers ! ». II faisait du 45 mais on s’en foutait, on les voulait (rires). J’ai dansé comme un dingue et j’ai gagné. Il a fait semblant de les retirer, tout le monde l’a hué. Au final, il m’a dit de rester avec lui tout le concert sur scène et quand Darlène est arrivée. J’étais comme un fou !

    Photo © Down With This

    DWT : Comment t’y prends-tu pour qu’un producteur s’intéresse à ta musique et te propose un contrat ?
    
Benny B : On en arrive à ce fameux jour où un producteur venu de France cherchait des artistes. Le casting se déroulait à Top FM, une radio qui organisait des soirées funk, soul, rap dans lesquelles on allait. Je connaissais Michel Brunelli, le patron de la radio. On faisait des démonstrations de danse, juste comme ça, en 1988 début 1989. Il y avait tout les gars avec qui je rappais dont les BRC (Brussels Rap Convention) avec tout le respect que j’ai pour eux. Il faut dire que Defi J, le leader, était un gars qui rappait en même temps que moi. On sortait ensemble dans des bars. Pour te dire l’amour du rap : on allait dans des bars où tu ne rentres même pas en temps normal et on demandait aux patrons si on pouvait animer la soirée en rappant. Défi J était du même quartier que moi, de la même bande de Bruxelles. Mais personne ne m’avait prévenu pour ce casting… Je suis chez moi, à la maison tranquille. Il n’y avait pas de moyen de communication à l’époque. J’avais juste un téléphone fixe avec un cadenas dessus. Avec six garçons, tu penses bien que ma mère faisait attention ! (rires) Mon pote Serge, « Perfect », m’appelle et me dit : « B » Je lui dis « mais quel casting ? » Il me répond « un casting où tous les rappeurs sont là ». Personne ne m’avait rien dit. J’avais deux choix, soit de me dire que c’est trop tard, je reste chez moi ou soit de me dire que j’y vais direct. J’opte pour la deuxième solution et je prends alors mes vinyles d’instrumentaux de Public Enemy, Éric B and Rakim, LL Cool J, Rob Base… et je pars en courant à fond sur quatre ou cinq kilomètres avec mes vinyles sous le bras ! Dans le métro, je risque de me faire attraper parce que je ne pouvais pas payer. (rires) Je ne sais pas pourquoi, quelque chose me disait de courir. J’arrive à la radio en transpirant tellement ! Je vais voir Michel, le patron de la radio qui me dit « comment ça tu n’es pas au courant ? Tout le monde est au courant ! Bref, attends-moi là, je vais voir si le producteur est encore là ». Il n’était pas encore parti. Le patron de la radio lui dit : «tiens encore un, j’avais oublié, tu veux essayer ?». Mon cœur bat à cent à l’heure. C’est marrant parce que quand tu vois des mecs de trentre ans quand tu en as vingt, tu crois que c’est des vieux (rires). Il me dit : «vas-y rappe». Je mets mon instru et je rappe sans refrain, sur du Public Enemy, attitude de la rue. J’étais hardcore. Deuxième fois, troisième fois et le mec part discuter. Il revient et me dit «tu es celui de tous qui à la meilleure diction, sans cet accent de banlieusard qui rappe à la rebeu de Belgique». D’ailleurs beaucoup de français pensaient que Benny B était français. Il me dit «tu as envie de mettre de l’eau dans ton vin, raccourcir tes couplets et mettre des refrains commerciaux ?» Je lui dis que je suis prêt à faire ce qu’il veut pour sortir un disque. Et Bingo, je suis choisi !



    DWT : Tu acceptes donc quand même de mettre de l’eau dans ton vin !
    Benny B : Oui mais je ne comprenais pas cette expression à l’époque (rires). Apparemment le mec connaissait déjà le format qu’il fallait. C’était un indépendant qui avait de l’argent. Il avait certainement du faire quelques singles qui n’ont pas dû marcher mais il n’avait pas d’autres artistes. Cela devient l’histoire pour moi deux mecs qui se rencontrent : soit ils se pourrissent la vie, soit ils la changent. Il me dit qu’il faut raccourcir mes textes car il y a un format à respecter en radio. Je n’avais pas de refrain, il en fallait. J’avais 48 mesures par morceau, ce n’était pas bon. Je n’avais même pas de maquette ! Ce moment était fou ! Quand j’ai quitté la radio, je ne touchais même plus le sol (rires). 


    A partir de là, c’était la guerre, le clash. Quand je leur ai annoncé que c’était moi qui avait été pris, c’était le premier coup de poignard. Le deuxième, c’est lorsque Daddy K nous a rejoint.

    DWT : Et comment ça se passe après avec les autres, les BRC et tes copains qui avaient « oublié » de te prévenir ?
    Benny B : Attends, justement. On se réunissait tout le temps chez un disquaire parce qu’il faisait de l’import-export. Je me suis dit en sortant, je vais aller chez lui. En arrivant, comme par hasard, je vois tout le monde réunis là-bas. Je rentre. Je suis quelqu’un de franc, quelqu’un de vrai. Je ne peux pas me retenir et je leur dis : «ça va les gars ? Alors ? Il paraît qu’il y avait un casting ? Vous ne m’avez même pas prévenu. Pour se voir tous les jours, vous savez m’appeler, on ne se rate jamais et là, il y a un casting et vous ne me dites rien ?» Le ton change parce qu’il y a une sorte de code d’honneur. Je leur dis que jamais aucun d’entre eux ne va réussir et que c’est moi qui ait été choisi. Eux, avaient par la suite cru que j’avais mal parlé sur eux. A partir de là, c’était la guerre, le clash. Quand je leur ai annoncé que c’était moi qui avait été pris, c’était le premier coup de poignard. Le deuxième, c’est lorsque Daddy K nous a rejoint, Perfect et moi. Daddy K était le meilleur DJ avec DJ Kaze. On aurait très bien pu faire sans DJ mais il me fallait imposer cette culture hip-hop, avec le DJ et le danseur. C’était le côté vrai du groupe, en dehors de la musique…

    

DWT : Te voilà lancé dans des enregistrements qui te propulseront rapidement dans l’industrie lourde de la variété…
    Benny B : A cet âge-là, chez moi, on était tous les dimanches allongés par terre sur le tapis pour regarder Jacques Martin à la télé. Trois mois après, on m’annonce que je vais faire cette émission ! Je travaillais toujours en chocolaterie. On commence à entendre mon son à la radio.  A l’usine, je disais à tout le monde : vous allez voir, je vais sortir un disque ! Mes collègues me prennaient pour un fou.



    DWT : Comment faites-vous pour pour enregistrer si rapidement alors que vous n’aviez même pas de maquette ?
    Benny B : Daddy K s’est occupé de tout ce qui est arrangement. Les refrains, vous savez très bien d’où ils viennent : Capitaine Flam, des trucs de Goldorak qu’on avait piqué à un mec qui faisait les jingles dans une radio. On me présente Richard, les longs cheveux, le sosie de Nirvana. Rien à voir avec le rap, un mec qui aime le rock mais qui a une bonne culture musicale. Il aime tout ce qui est funk. On me dit : dans quoi on peut partir ? On va prendre une bonne base, on va prendre «The War». Ca me plaît. Je parle d’une époque où on travaille encore avec les bandes. Un jeune comme moi, qui n’a que vingt ans, qui traîne dans la rue et qui se retrouve dans un studio bloqué six à sept heures juste pour faire un morceau avec des bandes, c’était un truc de fou ! Mais j’étais content. Puis après : tiens, on va prendre Shaft, on retourne le son. Je parle aussi d’une époque où on pouvait sampler sans problème. L’interdiction est arrivée après le morceau de Mars, « Pump Up The Volume ». Avant ça, on a eu de la chance. Heureusement pour nous parce que sinon, c’est des milliards que nous aurions du donner aux producteurs ! (rires) A la fin, on nous impose un p’tit gars, un italien, très malin, qui était dans la techno. Il nous fait le piano et on arrive donc au mix final de « Vous êtes fous ! ».



    Evidemment, le producteur venait nous demander : qu’est ce que vous choisissez au niveau des vêtements ? Qu’est-ce que vous avez envie de porter ? Des skateboards, des casques ?

    DWT : Et vous êtes fier du résultat ?
    Benny B : Prends la première pochette de « Vous êtes fous !« , c’est une pochette de merde mais elle est tellement efficace pour l’époque. Rien que le fait de sortir la pochette, c’est comme si j’avais reçu une médaille d’or ! Je suis aux anges. Après, le produit fini, ce n’est pas ce que j’écoutais… Ce n’était pas mon hip hop mais je m’en fous parce que j’étais déjà quelqu’un de libre. Le rap en Belgique était déjà devenu commercial avec King Bee et Technotronic, donc pour moi, tout était normal. L’important, c’était l’image. Le morceau est commercial mais l’image du groupe, il ne fallait pas y toucher. Evidemment, le producteur venait nous demander : qu’est ce que vous choisissez au niveau des vêtements ? Qu’est-ce que vous avez envie de porter ? Des skateboards, des casques ? Je lui réponds : « écoute moi bien, autant je suis fan de la situation parce que tu m’as choisi mais autant je peux partir direct si tu me demandes de m’habiller comme toi tu veux. Ça, tu n’y touches pas ! Je suis habillé comme ça et c’est comme ça que je veux aller en télé ! » Et il nous a laissé faire.

    DWT : Il y a la musique, qu’on peut tous aimer ou ne pas aimer… Mais il y a quand même quelque chose qui nous pose problème dans ton discours de l’époque. Ta phase sur les « jeunes qui errent dans la rue, qui restent là à ne rien foutre, que tu n’es pas comme eux » c’est limite comme discours…
    Benny B : Quand tu es dans le milieu, les vrais gars savent de quoi je parle. Un mec qui va casser des voitures, qui fait des car-jacking, des home-jacking, des vols de sac à main devant moi… je parle de tout ça mais je ne fais pas dans le détail parce que sinon, je vais commencer à cibler les gens. Ceux qui ne veulent rien faire, qui n’en ont rien à cirer, qui ne veulent pas savoir, moi ça ne m’intéresse pas. C’est facile d’aller dans l’extrême. Quand je dis « pour m’en sortir, je ferais n’importe quoi », c’est dans la limite du possible. Je ne parle pas de la musique, je parle bien de sortir de cette vie-là. Quand tu es jeune, tu as des idoles, des rappeurs que tu écoutes. Quand tu grandis c’est à ton père ou à ta mère que tu cherches à ressembler. Je viens à la base d’une culture méditerranéenne où mon père, c’était l’éducation, le respect. Avant même de parler de musique, je parle d’une vie sociale. Ceux qui connaissent la rue le savent : quand tu es collé à un coin de rue, c’est très difficile d’en décoller. J’ai eu des moments où je tenais les murs jusqu’à 3 heures du matin. Je n’arrivais pas à en décoller. Tu ne fous rien, tu glandes de huit heures du soir à trois heures du matin. Les gens passent avec leurs réflexions : « vous croyez qu’ils vont tomber ? Les murs tiennent tout seul, etc… ». Je pensais à travailler, faire tout ce qu’il faut du moment que je sorte de là. Je ne parle pas de musique, ni de disque d’or. La musique m’a juste servi à m’exprimer.



    DWT : Est-ce que le noyau dur du hip hop belge, BRC y compris, te reprochaient-ils le côté « ultra-commercial » de ta musique ?
    Benny B : Alors ça, c’est marrant. Ils me connaissent, ils savent d’où je viens et ils me reprochent ça ? Eux même, ils ont fait un single, «Fly girls», qui est autant commercial, si ce n’est pas plus, que « Vous êtes fous ! »… D’autant plus qu’ils ont essayé de profiter de la vague bien après, à l’époque du premier album de NTM où ils commençaient à se foutre de notre gueule dans leur intro. Donc c’est devenu une mode et ils ont profité de ça pour continuer.

    

DWT : Tu évoques NTM qui commencent à se moquer de vous. Vous êtes sensible à ces attaques ?
    Benny B : Attention, je suis fier de ce que j’ai fait. Non seulement, je le referai mais je pense que la moitié ou les trois quarts de la France le referait s’il l’avait fait. Ca me faisait rire parce que ça ne change rien. Je suis né, je suis intouchable. Rien ne me rend agressif à partir du moment où je suis sûr de moi. Je sais que si je croise le gars dans la rue, je n’ai pas de problème. J’ai cette assurance. J’ai continué à faire des trucs dans des quartiers, dans des boites chaudes. Il faut comprendre la psychologie du mec qui critique mais qui ne fait que critiquer. Ils ne passent pas à l’acte quand il te voit.



    Mais si on critique la musique, pourquoi ne pas critiquer aussi le style vestimentaire ? Dans le hip-hop, NTM s’habillait en Jean-Paul Gaultier ? Pourquoi on ne va pas se moquer de ça ? Expliquez-moi !

    DWT : Vous n’aviez pas de mal à proposer ce genre de morceaux au public ?
    Benny B : Je me suis juste adapté à un format radio que je ne respectais pas quand j’ai commencé le rap. J’arrive en 1989 avec mon texte que j’ai écris en 1985. Bingo ! On te dit voilà tu vas faire une tournée. Je dois faire un album. Je dois le faire vite. J’écris et je triche avec un morceau comme « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » qui est le deuxième single à sortir. Tous les puristes vont te dire : chapeau !. La version qu’on connaît, tout le monde la respecte : « I Takes Two » de Rob Base & DJ E-Z Rock. Je l’ai pris, je l’ai mis en français et c’est disque d’or. Vous aimé ? Je voulais juste qu’on sache d’où je viens. J’étais malade-fan de ce morceau. Et bien, je le prends et tu sais quoi ? J’ai volé tout le monde ! Même NTM s’était aussi adapté au format radio de 3 minutes 30 avec couplets, refrain, etc…. La seule différence, c’est que leur texte était plus soutenu, plus engageant. Leur musique était totalement moins dance. Mais si on critique la musique, pourquoi ne pas critiquer aussi le style vestimentaire ? Dans le hip-hop, NTM s’habillait en Jean-Paul Gaultier ? Pourquoi on ne va pas se moquer de ça ? Expliquez-moi ! Quand je vois le clip « Le Monde De Demain », je me dis : «on se fout de la gueule de qui ?» Quand tu vois IAM avec leurs chemises et leurs coupes ! Dans le hip hop en Belgique, on se foutait de leurs gueules. Vous parlez avec quelqu’un qui est né avec les bases du hip hop. Et après, je vois des gens comme Olivier Cachin, on ne sait même pas d’où il sort et il se met à critiquer ?



    Photo © Down With This

    Je pars avec l’esprit tranquille mais il faut savoir une chose : il y avait toujours une version hip hop sur les faces B de nos singles. On commençait nos shows avec les versions hip hop, c’était ça aussi le deal.

    DWT : Tu avais pourtant du mal à écouter ta musique…
    Benny B : On faisait trois shows par soir. Je n’avais pas besoin de la réécouter. J’aurai préféré faire un son comme « Le Monde De Demain » de NTM, un truc hip hop… J’aurais été reconnu mais voilà, c’est arrivé comme ça. Si j’avais été rebelle avec des phases comme « non, je ne veux pas faire ça comme ceci ou cela… », que serait-il advenu du rap ? Qui aurait commencé ? Qui aurait fait quoi ? Tout est écrit, ça devait être comme ça. Je pars avec l’esprit tranquille mais il faut savoir une chose : il y avait toujours une version hip hop sur les faces B de nos singles. On commençait nos shows avec les versions hip hop, c’était ça aussi le deal. La version commerciale était pour la radio. Ce n’est qu’à la fin, pour le rappel, qu’on faisait la version commerciale. On était fier de ramener ça sur scène : la chorégraphie, la hype, Daddy K qui faisait son show de DJ pendant des 10 minutes…



    DWT : Il manque d’ailleurs à votre palmarès un passage dans l’émission Rap Line !
    
Benny B : On ne l’a pas fait. C’était notre ennemi. On le détestait. Le mec, à la base, il était pro-NTM parce qu’il avait peur. Il habitait sur Paris, c’était facile de le trouver. Nous étions le mouton noir qu’il fallait descendre. En 1990, le single sort. Il n’a pas fallu un an pour que le milieu du hip hop nous déteste. Au bout de deux mois, c’était bon.



    DWT : Est-ce que tu as souffert de la comparaison avec Vanilla Ice ?
    
Benny B : Pas du tout. Vanilla Ice, c’est un carton. Mais on me comparait plus à MC Hammer parce que j’avais tout au niveau des vêtements. C’était des références à l’époque.



    DWT : Tu n’as pas fait Rap Line mais tu as eu le privilège de faire un gros featuring à la télévision. C’était bien avec Dorothée ? Un peu moins hip hop quand même (rires)…
    Benny B : Quand j’étais petit, je regardais Dorothée à la télé, c’est une des meilleures périodes. Quand je l’ai eu en face de moi, elle était impressionnante (rires). On touchait un public très jeune, un public à la Hergé : de 7 à 77 ans. On disait même que les bébés dansaient dans leurs berceaux. On était devenu très pote avec Dorothée. Elle nous défendait dans ses interviews. On a fait plusieurs fois son émission. On a fait aussi une fois une sitcom mais genre que deux minutes. On n’est pas des produits Dorothée. Le seul truc, c’est que quand nous invitait, on y allait les yeux fermés. On était bien reçu, Les Musclés étaient devenus des potes.



    Je passais d’un jour où il me fallait six mois d’économie pour m’acheter une paire de sneakers à un jour où je peux aller à New York et m’acheter soixante paires à la minute. C’est ridicule mais j’ai vécu ça.

    DWT : Tout à l’heure, tu évoquais Ice T comme étant ton meilleur souvenir et plus tard tu te mets à kiffer Les Musclés qui chantent « La fête au village » et « Merguez partie » ?
    
Benny B : On ne parle plus de musique. On parle de travail. J’arrive dans un endroit où j’ai rencontré François des musclés. Tu ne connais pas ce mec, il est super sympa. Quand tu es dans un milieu commercial, il faut savoir que les gens sont très sympas. Tu as une approche facile. Yannick est un bon pote par exemple, on l’appelle le Président (rires), d’ailleurs je le big Up. Il ne faut pas rester sur des clichés. Il faut savoir vivre les choses intensément parce que tu ne sais pas si ça va pas durer. Il y a trop de gens qui crache dans la soupe. Je faisais ces émissions-là parce qu’ils m’invitaient avec le sourire. Je sortais de la rue et je me retrouvais dans un jet. Je passais d’un jour où il me fallait six mois d’économie pour m’acheter une paire de sneakers à un jour où je peux aller à New York et m’acheter soixante paires à la minute. C’est ridicule mais j’ai vécu ça. Il n’y a que quand tu l’as vécu que tu peux en parler avec du recul.



    DWT : Jacques Martin qui se met à breaker, c’est aussi un featuring culte. Encore un grand moment dans ta carrière !
    Benny B : Il y a eu beaucoup d’anecdotes avec Jacques Martin ! Quand il se met à retirer sa cravate, déboutonner sa chemise, mettre un bonnet et danser : c’est ça qui a été le déclencheur de notre succès ! Après cette télé, tout a changé : le succès avait commencé. Les gens de son équipe venait nous voir en nous demandant ce qu’on lui avait fait. Il ne s’était jamais comporté comme ça avec des artistes. On est passé plusieurs fois dans son émission, c’est quelqu’un qu’on respecte. Un autre jour, on nous a imposé trois nanas pour la chorégraphie. La crise de nerfs ! Qu’est-ce qu’on va faire avec trois nanas ? C’est la chaîne qui l’imposait d’après ce que nous disait le producteur. Je me dis « C’est notre mort ». On arrive sur le plateau et on dit aux nanas de se mettre dernière sur les marches pour qu’elle ne sabote pas notre chorégraphie. Elles sont debout derrière, rien à voir et moi je me dis « putain ce n’est pas possible« . Et heureusement, il y a un mec qui sors de je ne sais où, apparemment le bras droit de Jacques Martin, un gay qui s’appelle Charles Sudaka, qui dit en voix off : « C’est quoi ces remèdes contre l’amour ? Foutez-moi ça dehors ! » Les meufs deviennent rouges et moi, je ne peux pas m’empêcher de rire. Grâce à lui, on a fait notre show comme on le voulait et ça a été un carton.



    On a beaucoup dérangé. Quand tu arrives dans un milieu où des artistes déjà installés jouent devant un public qui nous réclame, ça fait mal (rires).

    DWT : Tu étais rentré au coeur de la variété française. Tu te sentais à ta place ? Ca fonctionnait ? Qu’est-ce que tu dis à ce moment ?
    Benny B : On a beaucoup dérangé. Quand tu arrives dans un milieu où des artistes déjà installés jouent devant un public qui nous réclame, ça fait mal (rires). C’était plus simple par la suite car c’est nous qui étions les têtes d’affiches ! Sur tous les podiums, tous les plateaux, tout le temps, on était les premiers partout. Avec nous, pas de prise de tête : que de l’eau et du jus d’orange dans la loge. On rigolait avec tout le monde. On était fous. On était des gamins, on ne se prenait pas au sérieux, comme chez nous, dans la rue, dans le quartier. Il faut savoir une chose aussi : c’était la première fois qu’il y avait des jeunes sur le plateau de Jacques Martin. Habituellement, c’était des chanteurs qui ne bougeaient pas, qui restaient assis sur une chaise. D’ailleurs pendant les répétitions, les caméra-mens nous demandaient de ralentir car ils n’avaient jamais vu ça. Ils n’arrivaient pas à nous cadrer ! (rires).



    DWT : Vous avez cette connaissance de la culture hip hop, de ses valeurs, or les clichés qu’ils développent à ce sujet dans leurs émissions ne vous dérangent pas ?
    Benny B : Je vais faire « L’école des fans », ce n’est pas pour jouer les hardcore, sinon je n’y vais pas. A partir du moment où je fais un morceau comme « Vous êtes fous ! », c’est que j’accepte ! Je n’y vais pas en tant que leader, d’ailleurs je n’ai pas de texte de leader. Je n’apporte pas de paroles revendicatrices. J’y vais juste pour faire ma chanson. A partir du moment où je n’implique personne et que je ne fais pas de promesses, je fais ce que je veux !



    DWT : C’est délicat car tu représentes tout de même une culture…
    Benny B : Quoi que tu dises, quoi que tu fasses, on en a la preuve aujourd’hui, il y aura des gens avec toi et d’autres contre toi. Quand Booba apparaît à la Star Ac ou quand Joey Starr fait ce qu’il fait aujourd’hui, ont-ils des ennemis ? ll n’y a rien de pire que quelqu’un qui croit être dans le bon. Entre je fais une télé avec Jacques Martin ou Dorothée qui fait « yo » et la marionnette de Joey Starr qui le fait passer pour un abruti aux Guignols de l’Info, où est la différence ? Où est le point commun ? On parle encore de nous vingt-deux ans après alors qu’au départ, on est trois gars qui dansent… Il n’y avait rien derrière, pas de marketing, pas de business…



    DWT : Le business existait pourtant déjà en France dans les années 1980… Les producteurs ne misaient pas sur des artistes par charité…
    Benny B : Si tu n’es pas dans les médias et que tu es un jeune de la rue, tu crois que tu sais ça ? Je ne suis pas dans les médias, je ne suis pas journaliste, je suis rien. Le producteur qui nous prend en main ne connaît rien au rap. Il pense avoir le contrôle total. Franchement, vous croyez vraiment que si ce n’était pas authentique, on aurait tenu autant de temps ? Les jeunes se sont vus en nous, on a ramené la rue à la télé. Il y a une jeunesse qui s’est reconnu là dedans.

    

DWT : A part certains habits, beaucoup vous ont reproché en France cet esprit clownesque, qui n’avait pas ce côté « rue »…
    Benny B : Mais on n’a pas de cités ou de banlieues en Belgique. C’est le discours que je tenais à l’époque. Je n’ai pas eu de problèmes. Je suis né dans une famille ouvrière, je mange à ma faim. Je n’ai pas de problème, je n’ai pas fait de prison, je vais parler de quoi ?

    C’est normal et légitime que des groupes comme NTM, Assassin ou IAM voulaient ma mort, ils avaient envie de se faire connaître ! Nous, on était numéro 1 en France alors qu’on venait de Belgique, ils avaient de quoi devenir fous !

    DWT : Les artistes s’inspirent souvent de leur quotidien. A l’époque, quand la police passait les trois quart de la journée dans ton quartier, ça devait te peser à force ? Tu étais quand même au cœur d’une réalité sociale assez dure au quotidien à Moleenbek… Tu évoquais ton frère qui décède (paix à son âme) d’une overdose…
    Benny B : Regarde le boycott où il arrive. J’en parle dans mon album, j’écris une chanson à ce sujet, « Frère » et personne n’en parle. Je parle de lui avec mes mots, comment il est mort. J’ai fait ce morceau à l’Olympia mais tout le monde s’en foutait. On n’a également jamais parlé de nos faces B hip-hop. Il y a des raisons à ça. Les maisons de disques se réveillent et elles veulent un artiste comme ça. Alors tu as ce petit groupe qui arrive de Belgique et qui fait de l’ombre à tout le monde ! C’est normal et légitime que des groupes comme NTM, Assassin ou IAM voulaient ma mort, ils avaient envie de se faire connaître ! Nous, on était numéro 1 en France alors qu’on venait de Belgique, ils avaient de quoi devenir fous ! C’est normal ! Alors comment faire ? Ils prennent un groupe à scandale…



    DWT : Ce n’est pas aussi simple dans les faits car NTM existait déjà dans le milieu avant de rapper…
    Benny B : Ils ont une existence dans le milieu, c’est sur et je ne critique pas ça. Mais on les invite dans des émissions de télé spécialement pour en faire ce qu’on veut. NTM, c’est un pit-bull qui ne sait pas mordre. Comment tu peux faire venir un groupe de jeunes et une semaine avant, tu sais que ça va être chaud ? Pourquoi on ne parlait que d’eux ? Il y avait aussi Assassin et IAM, pourquoi pas eux ? Pour moi, NTM commençait, à ce moment-là, à devenir les Benny B du rap underground. On ne voyait plus qu’eux, on entendait plus qu’eux alors qu’ils critiquaient le formatage. Ils n’ont pas fait Jacques Martin mais je t’avoue qu’ils se sont bien rattrapés depuis.



    DWT : Ce côté ultra-populaire auprès des gens t’a surement exposé, comme tous les artistes, à des moments difficiles à leurs contacts. As-tu le souvenir que se soit en lien avec la qualité de ta musique ?
    
Benny B : Un jour, j’ai reçu une carte postale avec N.W.A. en photo dessus. C’était écrit « tu te prends pour qui ? Tu vas le regretter quand la balle sortira de mon métal pour t’atteindre en pleine tête ». C’est là où je rigole. Des gars parlent de me tuer juste parce que j’ai chanté un truc commercial, c’est ridicule. Mais je suis très diplomate même si je n’ai peur de rien. Je ne suis pas suicidaire non plus car je sens le danger arriver. Quand des gars me parlaient, j’écoutais toujours ce que ce qu’ils avaient à me dire. J’ai toujours dit que je n’imposais pas ce que je faisais et qu’ils avaient le droit de ne pas aimer. Mais il ne faut pas m’imposer des choses non plus. Il y a d’ailleurs une anecdote à ce sujet avec NTM. Début 1991, on avait fait un show au Palace et les NTM étaient venus. A un moment, le portier nous dit « il y a les NTM qui veulent vous parler ». On dit OK. Ils sont arrivés à une dizaine mais leurs propos étaient incohérents. Ils me reprochaient ce que je faisais et voulait m’interdire de jouer. C’est ça qui m’a choqué. Ils se disaient rebelles ? Mais ils connaissaient le racisme, ils se battaient contre ça je crois. Ils viennent pour m’interdire et me dire que je n’ai pas faire ça ? Ils me disent que « je fais de la musique pour les bâtards ! ». Les mecs oublient d’où je viens, ou ils ne le savent pas, mais ils avaient touché à mon intégrité en me parlant comme ça. Même mon père ne le fait pas. D’ailleurs, j’ai souvent utilisé le mot « taliban du rap » quand on en arrive à un point pareil. L’acte de faire un disque est déjà une démarche commerciale, même si tu n’as encore rien vendu. Ils voulaient sortir un album et le donner dans la rue eux ? Prenez, c’est gratuit ? Je ne comprenais pas le sens. Pour moi, c’était juste, tu as réussi et pas nous. Tu touches de l’argent et pas nous. Mais en fait, le pire, c’est que je comprenais leur langage en vérité. Je comprenais ce qu’il voulait dire mais je savais qu’ils étaient dans le faux et qu’ils allaient comprendre après. Maintenant, ils touchent des millions, ils font des concerts à deux millions d’euros chacun. Ils font des entrées à 90 €, pas un renoi, que des blancs. Tout ce que j’ai entendu, tout ce qu’ils ont critiqué, ils l’ont fait.



    Quand on me posait des questions sur le groupe NTM, j’aurai été le plus grand connard si j’avais dit « moi, je n’aime pas ce qu’ils font ». C’était fort, leur album était très fort. C’était un niveau au-dessus de nous mais ce n’était pas comparable.

    DWT : Vous sortiez pourtant dans les mêmes endroits, dans les mêmes soirées, aux Bains Douches notamment…
    Benny B : On se croisait du regard avec Joey. Mais encore une fois, ça restait très correct. Ce n’était pas comme aujourd’hui avec les «clashs» à la Booba.  
Il y a eu une battle inoubliable aux Bains Douches contre Joey Starr et son danseur, Laser. Il nous faisait rire avec sa manière de danser. Ses bras bougeaient dans tous les sens, c’était bizarre. NTM sortait souvent en groupe là-bas. C’était les lundis des Bains Douches, en 1991, quand Sydney animait. Il faut remettre l’église au milieu du village. Joey Starr, ce n’était pas un danseur incroyable. Et Laser, leur danseur, il dansait moyen. Mais il faut savoir un truc, c’est qu’on les respectait. Quand on me posait des questions sur le groupe NTM, j’aurai été le plus grand connard si j’avais dit « moi, je n’aime pas ce qu’ils font ». C’était fort, leur album était très fort. C’était un niveau au-dessus de nous mais ce n’était pas comparable, on était dans une autre époque et à un autre endroit. J’ai aussi adoré l’album d’IAM comme celui d’Assassin. Je n’ai jamais mal parlé sur eux.



    DWT : Quand tu disais que tu étais « prêt à faire n’importe quoi », est-ce que ça a été le cas avec les contrats que tu as signé ?
    Benny B : Il y avait une gestion plus au profit du producteur… Je suis un jeune de 20 ans, je sors d’une chocolaterie, je signe. Il me parle de pourcentage, je dis OK. Je ne sais pas combien rapporte un disque et je m’en fous de l’argent, du contrat. Ce que je veux, c’est monter sur scène. Je veux danser, être connu. Il y avait le contrat papier et il y avait le contrat moral où le mec t’explique le chemin que tu vas prendre et ce qu’il faudra faire pour ne pas se griller. Si je n’avais pas pris une version comme Rob Base, tu crois qu’on en aurait entendu parler ? On est venu avec notre look et on a beaucoup vendu malgré le contexte de l’époque. On est allé aux Etats-Unis, on a été le premier groupe de rap français a ramené un clip américain en France. C’est un symbole, plus important que le million de disques que j’ai vendu. 50 % hip-hop, 50 % commercial et 100 % authentique. Ce n’est pas l’authenticité dans le rap mais dans ce que tu es vraiment dans la vie. Il n’y avait rien de provocateur, tout était naturel, je n’ai jamais revendiqué que je faisais du commercial. Je le savais mais je n’ai jamais rien dit, ni prétendu.



    Il n’y avait rien de provocateur, tout était naturel, je n’ai jamais revendiqué que je faisais du commercial. Je le savais mais je n’ai jamais rien dit, ni prétendu.

    DWT : Où en est le mouvement hip hop en Belgique ?
    Benny B : Il y a des rappeurs, mais tous individualistes. Il y a aussi la Zulu Nation en Belgique. C’est mon pote Fourmi, qui était dans les BRC, qui s’en occupe. Les BRC se sont tous disputés. Il n’y a plus personne qui se parle. Je suis le seul en dehors des BRC à venir à ses événements. Si tu mets old school sur un flyer en Belgique personne ne vient, à part une centaine de personnes qui sortent en famille. Moi j’y vais. C’est ça être authentique parce que j’ai toujours su d’où je venais et pourquoi je le faisais.



    DWT : Pourquoi tout ça a été si mal interprété en France et pourquoi n’as tu n’as jamais intégré le milieu du hip hop français ?
    Benny B : Parce que les gens ne veulent pas savoir. Ça été très vite. Je travaille, je tourne, je ne fais que des plateaux télé. Il n’y a aucun gars qui s’intéressent. Ils s’intéressent juste au fait que tu fais du commercial. Tu ne t’expliques pas, tu fais ton truc. Je suis un mec qui ne cherche pas à se justifier. Pourquoi je serai aller chercher les médias pour leur dire : «vous savez, je suis hip hop». Je n’ai jamais cherché à le faire en vingt-deux ans. C’est d’ailleurs la première interview où je me dévoile comme ça. C’est parce que justement, je suis bien dans ma peau. Je ne regrette rien et aujourd’hui je me rends compte que j’avais raison. Ca s’entend, il y a des gens qui me le disent. Hamdoulah, je n’ai peur que de Dieu. C’est lui qui fait tout : qui me met en face de mes amis et de mes ennemis.  C’est lui qui règle tout. Aujourd’hui, un belge est toujours connu vingt-deux ans après. Mon morceau est devenu un classique, mon nom est aussi connu que Booba ou Joey Starr… Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Il y a eu Alliance Ethnik, Ménélik et c’est moi qui fait la tournée Dance Machine 90 ! Je n’ai trompé personne, je n’ai menti à personne. Je suis authentique. Des purs et durs viennent me voir en concert et me disent : « respect et merci d’être resté le même ».


    DWT : A ce titre, comment perçois-tu le fait que Grodash, Disiz où Youssoupha te créditent dans leurs textes ?
    Benny B : Je suis resté intègre et si ça a pu aider des mecs pour commencer dans le rap, ça me touche. J’aimerais remercier ces gens. C’est bizarre mais je ne vais pas les contacter. Quand il y a des gars comme ça qui me citent, j’ai une fierté, j’ai une reconnaissance sans l’expliquer, je ne les paie pas, je ne les connais pas. Ils ne sont pas obligés de faire ça, cela pourrai même les discréditer ! (rires)

    DWT : 

Pourquoi votre carrière s’arrête nette ?
    Benny B : De 1993 à 2000, j’étais fan du rap français. C’était l’époque où le rap se démocratisait. On a connu du rap humoristique que j’aimais bien comme avec Gomez et Tavarez, Disiz, Tripik avec leur titre « Bouge tes cheveux ». On commençait à écouter des choses chantée avec Matt Houston et Def Bond. A un moment donné, tu mûris. J’avais envie de dire autres chose, de travailler autrement mais le producteur n’a pas suivi. Ca ne l’intéressait pas. Et le rythme devenait fatiguant avec deux ans de tournée non-stop dans toute la France, les prime à la télé française avec Sabatier, Foucault, Drucker… On commençait à saturer, c’était trop. Un jour, j’ai demandé aux autres si on devait arrêter. « Ok, on arrête ! » et le dernier morceau qui est sorti est le slow « Je t’aime à l’infini », la suite de « Dis-moi bébé ». On s’est arrêté au bon moment. Ca m’a permis de revenir à la vie normale. Mais quand tu passes d’une vie où tu dors que dans des chambres d’hôtel avec un rythme particulier et que tu te retrouves après dans ta chambre, tu as des insomnies. Tu ne peux plus dormir à minuit, alors tu sors. Heureusement, je ne me drogue pas et je ne bois pas. Le problème, c’est que je vais chez mes potes et je leur je leur dis : « allez, on sort en boîte ! » mais ils n’avaient pas le même rythme de vie que moi… Alors, je les achète, je paie pour avoir cette espèce de transition normal : « venez, je vous invite au resto, c’est moi qui paye ! ». Plus j’arrive à ce stade là et moins j’ai envie d’y retourner. Je voulais revenir à des choses plus vraies, mes parents, ma famille, les amis et des trucs tout bêtes comme draguer une meuf normale.



    DWT : Tu as tout de même tenté de revenir à un moment…
    Benny B : Oui mais c’était bref (rires). Il y a trois ans, j’ai fait un single « Je suis dans la place », une reprise de Steve Hocky et Will I Am avec une partie électro. J’ai pompé à mort et donc j’ai resigné avec Happy Music. Un mois après, avec 100 000 vues sur You Tube, on a reçu quatre lettres d’avocats des États-Unis : « vous devez arrêter tout de suite sinon on vous attaque ». J’ai du tout retirer.



    DWT : Y a t-il un featuring que tu aurais rêvé de faire ?
    Benny B : J’ai eu plusieurs fois des occasions mais je ne l’ai jamais fait parce que j’aurai pu à nouveau être taxé de récupération. Il faut savoir une chose : faire du commercial, c’est plus difficile que faire du hip hop. Tout le monde peut faire de l’underground, du hardcore, ce n’est pas difficile. Si je voudrais refaire surface, j’aurai donné je ne sais pas combien à Booba ou à Rohff. Sinon avec Youssoupha, ça me plairait. C’est un mec intéressant. J’aurais adoré faire des featuring avec des américains comme Ice T ou LL Cool J. A l’époque, la question ne se posait même pas. Aujourd’hui un truc commercial, ça serait tout de suite dans le dirty avec Rick Ross ou Lil Wayne. Mais ça ne servirai à rien parce qu’en France, ça ne marcherait pas. Le vrai kif, ça serait avec Afrika Bambaataa pour le symbole, le retour aux sources avec un son à la « Perfect Beat » ou « Planet Rock ».

    Tu peux jouer un personnage de racaille mais il faut savoir qu’à un moment donné, il y aura des comptes à rendre. Il n’y a rien de pire que de ne plus être crédible. Si tu te fais passer pour une racaille et qu’on te prend pour un bozo, c’est dur à accepter.

    

DWT : L’attitude de certains rappeurs actuels ne te paraît pas plus ridicule qu’à ton époque ?
    Benny B : Je n’ai jamais fait de critiques sur un groupe. Chacun a apporté une pierre à l’édifice du hip hop français. Si Booba fait ce qu’il fait aujourd’hui c’est qu’il apporte quelque chose à une partie du public. Un truc bling-bling qu’ils recherchent. Aujourd’hui, il y a des rappeurs qui peuvent jouer un personnage. Ça ne me dérange pas tant qu’ils ne sortent pas du contexte. Un rappeur qui déborde du contexte musical et qui se prend au sérieux sera tout de suite recadré par quelqu’un. C’est ce qui s’est passé avec MC Jean Gab’1 après « Je t’emmerde ». Il faut juste faire attention à ne pas dépasser les limites. Tant que ça reste dans un contexte musical, on peut en rigoler. Mais ça peut très vite partir en couille. Si ce n’est pas avec un rappeur, ça peut venir du public. Tu peux jouer un personnage de racaille mais il faut savoir qu’à un moment donné, il y aura des comptes à rendre. Il n’y a rien de pire que de ne plus être crédible. Si tu te fais passer pour une racaille et qu’on te prend pour un bozo, c’est dur à accepter. Je parle souvent de génération fragile car quand on voit des jeunes qui arrêtent le rap, on ne sait plus où ils sont. Certains se font interner. D’autres se convertissent à la religion musulman. Tous ces jeunes ont joué un jeu dangereux en prenant une identité qui n’ont pas su assumer. Quand tu es sur ce terrain là, il arrive parfois des accidents dramatiques.



    Ils veulent faire des featuring avec moi… Je leur dis non car ce ne serait pas forcément bénéfique pour eux avec mon passé. Je reste honnête.

    DWT : Qu’est-ce qu’on peut souhaiter maintenant ?
    Benny B : Aujourd’hui, j’ai la chance. J’ai de la reconnaissance. Il ne faut pas gâcher tout ça. Je ne vais pas discréditer un travail de vingt-deux ans. Au niveau professionnel, je souhaite à tout le monde de vivre ce que j’ai vécu. Je rencontre beaucoup de jeunes qui sont aigris parce que ça fait dix ou quinze ans qu’ils essayent de réussir et qu’ils n’y arrivent pas. Aujourd’hui, il y a des gens qui m’appellent pour que je les produise mais je n’ai pas cette prétention. Ils veulent faire des featuring avec moi… Je leur dis non car ce ne serait pas forcément bénéfique pour eux avec mon passé. Je reste honnête. Je ne suis pas ce que vous pensez. J’ai eu la chance, j’ai fait ce que j’ai fait. Je ne condamne personne. L’année dernière, j’ai fait tous les Zénith de France. Un truc de plus dans mon palmarès. J’étais le premier à faire l’Olympia, j’étais le premier disque d’or du rap français, j’étais le premier en tout (rires). Je suis très terre à terre. J’ai mes enfants, j’ai ma famille. On peut me souhaiter la santé pour mes enfants car leur naissance a été quelque chose qui m’a énormément marqué. Je veux juste être bien et correct. Le mieux qui puisse m’arriver, à mon âge, je le ressens. Il y a des signes. On est né pour certaines choses. La normalité, avec l’éducation que j’ai eu, serait d’arrêter la musique et de prier. Ce sont des choses fondamentales. Ceci est très important à noter. Je reconnais que ce que je fais ici n’est pas bien. Dans le sens où ce n’est pas censé être ce que l’on doit faire. A savoir, ma culture : se marier, avoir des enfants, prier. Je ne peux pas faire de musique. Je vais être cash : ce que je fais, j’ai de la chance, je le fais, hamdoulah ! Dieu me l’a mis en chemin mais je sais qu’un jour, il va falloir que j’arrête. Aujourd’hui, je ne suis pas encore prêt pour ça. Mon futur, et je ne sais pas quand, est que demain la musique s’arrête et que je me mette à prier le front sur le sol en direction de La Mecque.



    Propos recueillis le 26 février 2013 par Flo & Nobel.

    Photo © Down With This

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Discussion 11 commentaires

  1. 20 août 2015 à 11 h 05 min

    Respect ! Et merci pour cet interview !

  2. 14 avril 2013 à 22 h 40 min

    On se rend compte que Benny B a plus de culture Hip Hop que Down With This !!!

    • 24 août 2014 à 10 h 02 min

      @bruno

      Totalement d’accord, on peut se moquer du choix musical fait en attendant le gars était un vrai b-boy, un véritable taggeur et avait une véritable culture hip hop , ce qu’il ne précise pas c’est qu’en Belgique ils avaient les chaines us par la « coditel » ou cable, donc qd il s’agissait des nouveautés musicale ou artistiques venant des us ils étaient largement plus à la page que les french, un simple exemple en france on appelait le « poppin » le smurf ….., alors qu’en belgique ils avaient déja donné des noms comme electric boogaloo, poppin lockin à la danse.
      Bref un sacré bonhomme le ben , le temps lui à donné raison qd on voit ce que la scène rap française à fait par la suite le mec était juste un visionnaire ;)

  3. 10 avril 2013 à 21 h 51 min

    Tres bonne itw, j’ai pas ete fan a l’époque mais j’ai écouter et n’ais pas détester, c’etait comme il le dis lui meme un truc nécessaire. Je respect beaucoup le personnage. Mais par contre j’espère que cette itw fera réfléchir bon nombre de la « branche inteligencia » du HH français qui ce sont branler sur leur fanzine tout naze ou leur emission sous pression … et qui la ramène encore hahaha ! Big up a down with this.

  4. 7 avril 2013 à 11 h 22 min

    Sans lui, je ne serai pas à mon stade actuel dans le Hip Hop de Madagascar. C’est un mec Real. Pour nous, Hip Hop rimait avec Benny B dans le temps. On n’etait pas fils de richard, on n’avait que la tv national. Les autres de chez richard nous critiquait déjà parce qu’ils avaient les moyens !!!! Peace ! Big Up !

  5. 4 avril 2013 à 16 h 08 min

    Très bonne initiative, très bonne exécution. Bravo !
    Pour être pointu, je me rappelle que sur la fin, DJ Daddy K, avait quitté Benny B & ce dernier continuait à deux avec Perfect. J’aurais bien aimé en savoir plus cette courte période, juste avant la fin de leur carrière.

  6. 3 avril 2013 à 14 h 34 min

    Benny b le gars le plus hais du rap injustement j’espere que cet interview le réhabilitera un minimum oui il faisait de la soupe mais cela a permis au rap d’être encore là 30 ans après son apparition en France

  7. 2 avril 2013 à 13 h 12 min

    Big up les gars, super papier.

  8. 2 avril 2013 à 9 h 58 min

    RESPECT…

  9. 1 avril 2013 à 19 h 49 min

    Un bonhomme très honnête, excellente interview.

  10. 1 avril 2013 à 2 h 39 min

    Fisabilillah, belle et honnete interview au final.

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