• Depuis longtemps, ils ont la gâchette facile

    L’histoire de mon frère m’a hanté durant toute ma vie. J’ai décidé de me confronter après tout ce temps à ce qu’il s’est passé. J’ai décidé d’ouvrir le sarcophage de la mémoire et de me replonger dans la douleur.

     Lahouari Ben Mohamed - Manif 20 octobre 1980 - Photo Pierre Ciot - DWT Magazine - Down With ThisMarseille, 20 octobre 1980 – Manifestation suite à la mort de Lahouari Ben Mohamed – Photo © Pierre Ciot

    « Je suis Hassan Ben Mohamed. Je n’avais que 4 ans le soir du 18 octobre 1980. Aujourd’hui en 2015, j’en ai 38. L’histoire de mon frère m’a hanté durant toute ma vie. J’ai décidé de me confronter après tout ce temps à ce qu’il s’est passé. J’ai décidé d’ouvrir le sarcophage de la mémoire et de me replonger dans la douleur afin d’y trouver les explications, d’y découvrir pourquoi mon frère est mort, qui était cet assassin, que s’était-il vraiment passé ce soir-là… ».
    Marseille, le 18 octobre 1980, veille de l’Aïd, Lahouari et trois de ses amis subissent un contrôle de routine. Un des CRS grommelle « ce soir j’ai la gâchette facile« . Il fouille la boîte à gant avec le canon d’un pistolet-mitrailleur, puis tire. Lahouari est tué sur le coup. Dans la cité des Flamants, à la Canebière (Marseille), c’est l’émoi. Afin de le préserver du tumulte, le petit frère Hassan, est éloigné par sa famille. Il découvrira peu à peu ce qui s’est passé.
    En 2010, Hassan Ben Mohamed devenu lui-même policier, décide de se plonger dans son en-quête de mémoire. Elle va durer 5 ans. Face aux souvenirs qui s’effilochent et à une connaissance partielle, fragmentée, des faits et de leurs conséquences, il recueille et croise les témoignages des différents protagonistes, remonte jusqu’au meurtrier lui-même. Il recherche dans des archives privées ou publiques, et rencontre de nombreux acteurs impliqués dans l’effervescence sociale, judiciaire, politique ou culturelle suscitée par l’affaire. Collectant ainsi toutes sortes de documents audio, vidéo, écrits ou photographiques, il se lance dans l’écriture du livre La gâchette facile (disponible depuis le 8 octobre 2015), avec la participation de son cousin Majid El Jarroudi.

    Lahouari Ben Mohamed - Momo Bouzidi Photo Jospeh Marando - DR - DWT Magazine - Down With ThisA gauche : Laouhari Ben Mohamed (paix à son âme) – A droite : Momo Bouzidi, interprétant « Yaoulidi », sa chanson en hommage à Louhari (1982) – Photo © Joseph Marando

    Témoignage de Momo Bouzidi
    « En 1974, nous sommes arrivés aux Flamants, là j’ai bien connu le béton. Quand je suis arrivé à Frais Vallon, mon père participait à la construction de ces grands ensembles les Flamants et c’est comme cela qu’il s’est fait aider pour y habiter. Aux Flamants c’était le béton, le béton et le béton. Le 26 décembre 1976, de ma fenêtre, j’ai vu un jeune qui courait, poursuivi par deux policiers. J’étais frappé par tous ces murs gris. On s’en plaignait avec mes sœurs, car il y n’avait rien d’autres que le béton, pour s’échapper de tout cela. Il y avait bien le pic de l’étoile où l’on pouvait trouver les espaces verts. Ces espaces sauvages m’ont marqué. En 6éme, j’ai commencé à lire Pagnol, je me suis intéressé à Allauch, La Treille, sur les traces de l’écrivain. Je partais à la chasse avec un copain. Je ramassais des figues, des prunes, du thym, du romarin. Je pense que s’il y avait eu plus de lieux comme ces zones verdoyantes de Verdun, il y aurait moins de dégâts, moins de gens pour prendre un mauvais départ dans la vie. Ces espaces de jeux sont importants, lorsque l’on on est enfant. Avec le béton, on ne s’approprie pas les emplacements sinon par défaut ».

    Commémoration « Lahouari, 35 ans après »
    Le dimanche 18 octobre 2015 (de 13 heures à 18 heures 30), Hassan Ben Mohamed invite le public à commémorer Lahouari, 35 ans après, au théâtre du Merlan à Marseille.
    Lectures par le comédien Moussa Maaskri & musique avec Ouled El Khaima, Momo Bouzidi et Loïc Février + Projection du film Yaoulidi, le Prix de la douleur, de Joseph El Aouadi-Marando. Discussion animée par Mogniss H. Abdallah avec Hassan Ben Mohamed, auteur du livre La gâchette facile, Farida Ben Mohamed, Moussa Maaskri, Momo Bouzidi, Fatima Mostéfaoui, Philippe San Marco, Michel Peraldi et Christian Pesci. Avec la participation de Naguib Allam (initiateur dans les années 1980 de l’Association des familles victimes des crimes racistes ou sécuritaires) et Toumi Djaïdja (initiateur de la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983).

    « La gâchette facile » par Hassan Ben Mohamed en collaboration avec Majid el Jarroudi.
    Avant-propos par Toumi Djaïdja – Editions Max Milo – 296 pages

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