• Interview Akhenaton IAM (1994)

    On a niqué les bénéfices de la dance et c’est ça qui est important. Je préfère voir nous ou un autre groupe de rap à cette place plutôt qu’un groupe de techno.

    Interview Akhenaton IAM 1994 - Photo Aurore Vinot - DWT Magazine - Down With ThisPhoto © Aurore Vinot

    Down With This : Comment vois-tu ton évolution depuis tes débuts en featuring sur le titre « This is the B side » des rappeurs américains Choice MC’s en 1988 ?
    Akhenaton : Je n’ai pas de recul sur ce qu’on fait. J’ai du mal à réécouter ce qu’on a fait avant. Je suis un insatisfait permanent. D’ailleurs, ils se moquent de moi dans l’album : « cet échantillon est bon mais pas assez pour Chill… » ! Si tu me laisses un morceau entre les mains 3 mois, je te change 5 ou 6 fois l’échantillon. Et j’ai retrouvé cette similitude chez l’une des mes idoles, Nasty Nas, qui est aussi un persécuté des samples.

    DWT : Est-ce que vous pensiez que le Mia était un morceau valable pour en faire un tube ?
    Akhenaton : Au début, on ne savait pas, on n’a rien calculé. Ce morceau est vieux, il a deux ans et demi. Et quand on l’a sorti, on ne pensait pas qu’il allait avoir un tel effet. Ce morceau nous tenait à cœur. On est d’une génération funk. J’ai 25 ans et quand j’étais petit, c’était les soirées funk. C’est un peu un tribut pour les gens de mon quartier et de ma génération.

    DWT : Dans votre premier album, « De la planète Mars », le DJ du « New star flash laser light action Club » se fait fusiller, mais pas dans « Je danse le mia ». Comment expliques-tu cette tolérance ?
    Akhenaton : Parce que c’est un morceau qui n’est pas axé que sur ça. Dans le concept du Mia, il y a de bons et de mauvais côtés. Il y a des Mia qui sont positifs et d’autres qui sont nocifs. Les nocifs, ce sont les beaufs. Ils ont écouté de la funk et malgré ça, ils sont tout de même racistes.

    L’argent circule maintenant dans le cercle rap. Malgré ce que des personnes peuvent dire, c’est de l’argent qui va au rap, c’est de l’argent qui va à notre studio, pour monter notre structure, pour aider le Soul Swing, Uptown, des groupes de Marseille, Paris, Reims, Tours, etc…

    Akhenaton IAM - Nobel & Lavokato DWT - Photo Alain Garnier - DWT Magazine - Down With ThisDWT n° 4 (édition papier, 1994) – Photo © Alain Garnier

    DWT : Ca vous fait quoi de vous retrouver 1er sur un classement français où il y a habituellement de la dance ?
    Akhenaton : On a niqué les bénéfices de la dance et c’est ça qui est important. Je préfère voir nous ou un autre groupe de rap à cette place plutôt qu’un groupe de techno. L’argent circule maintenant dans le cercle rap. Malgré ce que des personnes peuvent dire, c’est de l’argent qui va au rap, c’est de l’argent qui va à notre studio, pour monter notre structure, pour aider le Soul Swing, Uptown, des groupes de Marseille, Paris, Reims, Tours, etc…

    DWT : Avez-vous rencontré des problèmes de droits et d’argent avec le sample de Benson pour pouvoir composer « Je danse le mia » ?
    Akhenaton : On a payé. Ils nous ont quand même fait chier, c’est des sacrés casse-couilles. Moi, je suis d’accord pour payer un sample, parce que j’ai du respect. Mais le mec nous a dit après coup : «  si l’album d’IAM vend se vend (450 000 exemplaires), c’est parce qu’il y a le sample de George Benson dans le Mia » ! Le mec abuse parce que l’album s’est autant vendu les 6 mois qui ont précédé la sortie du single du Mia qu’après sa sortie. Je n’aime pas l’abus, ça m’énerve. Et en plus, ils ressortent « Give me the night » dans la foulée…

    DWT : Avez-vous une idée du prochain maxi extrait de l’album ?
    Akhenaton : Sûrement « Ce soir, on vous le met le feu », mais remixé violemment. Si vraiment on voulait faire des thunes, on calculerait des morceaux exprès, on sortirait d’autres maxis, genre « Le repos, c’est la santé ». Si on l’a fait, c’est que ça nous plaît. On choisit quand même de faire des morceaux qui nous plaisent un maximum. Moi, « Ce soir, on vous met le feu », ce genre de morceau avec des sonorités orientales, je me régale. Mais je veux changer les paroles parce qu’elles ne me plaisent pas, elles sont creuses.

    IAM Interview Akhenaton - 1994 - Photo Alain Garnier - DWT Magazine - Down With ThisIAM – Enregistrement de l’émission « La Cigale et la fourmi » (La cigale, Paris, 1994) – Photo © Alain Garnier

    Je peux t’écrire un morceau en deux heures, terminé et je n’y toucherai plus jamais. Et je peux en écrire un autre, le recommencer 10 fois ou l’écrire sur une période d’un an.

    DWT : Tu écris des paroles en trouvant plus tard qu’elles sont creuses… Serait-ce un manque de travail ?
    Akhenaton : Je me gonfle vite des morceaux. Deux semaines après, ils me gonflent. Je peux t’écrire un morceau en deux heures, terminé et je n’y toucherai plus jamais. Et je peux en écrire un autre, le recommencer 10 fois ou l’écrire sur une période d’un an. C’est en fonction du texte et des idées que j’ai.

    DWT : Peux-tu nous citer tes principales influences du moment ?
    Akhenaton : Eric B & Rakim, Cool G. Rap, Lord Finest. En ce moment, j’écoute Nasty Nas. L’album est en rotation dans mon walk-man.

    DWT : Dans le titre « L’aimant », tu retraces le parcours d’un gars ayant plongé à perpétuité. On se doute qu’il ne s’agit pas de ton parcours mais tu rappes pourtant à la première personne…
    Akhenaton : C’est 100 % histoire vraie. Même si ce n’est pas que mon histoire, c’est l’histoire de mes amis et moi, malheureusement. En fait, c’est mon ami Dario qui a plongé. A 17 ans, je marchais avec lui. Il a commencé à racketter des patrons de bars. Le jour où il a eu des problèmes, il est tombé. C’est un mec qui n’a pas eu de jeunesse, il ne faisait que rentrer et sortir. Un jour, il m’a dit : « Je vais arrêter les conneries et je vais me consacrer à ma fille ». Trois mois après, il a eu une embrouille avec un mec et il l’a buté. Ils lui ont mis perpétuité. C’était un mec cool, super sympa.

    DWT : Pour en revenir à votre carrière, maintenant que vous avez monté votre propre label, allez-vous quitter Delabel et opter pour l’autoproduction ?
    Akhenaton : On a un contrat avec Delabel pour un bon moment. Pour l’instant, on va surtout produire les groupes qui travaillent avec nous. Ce ne sont pas que des groupes de Marseille. Il n’y a pas de régionalisme.

    Si tu savais comment le langage a changé envers nous. Il y a des mecs qui nous respectent énormément maintenant parce qu’on est devenu un poids financier.

    DWT : A ce propos, avez-vous de bons rapports avec les autres rappeurs français ?
    Akhenaton : Ca dépend. Avec NTM, on n’a pas de vrais rapports. J’ai toujours respecté la démarche artistique des NTM. Moi, je suis bien ami avec Yazeed, bon il est plus avec eux, c’est la vie. Mais Joey et Shen sont des gens qui sont beaucoup moins cons que les gens le laissent entendre. Mais je suis sûr qu’ils vont revenir dans la course maintenant. Ils avaient des problèmes avec les flics, c’est aussi la preuve que l’Etat français est un bon Etat policier. Si tu savais comment le langage a changé envers nous. Il y a des mecs qui nous respectent énormément maintenant parce qu’on est devenu un poids financier. Même si nous, dans le groupe, on ne le ressent pas en tant que tel.

    DWT : Mot de la fin ?
    Akhenaton : Restez forts, continuez à travailler. Ce qui me ferait plaisir, c’est de voir plein de groupes, de tous les côtés, que se soit comme aux Etats-Unis.

    Propos recueillis en 1994 par Nobel et Lavokato – Photos par © Aurore Vinot et © Alain Garnier
    Interview initialement publiée en 1994 dans le numéro 4 de Down With This (édition papier)

    Retrouvez l’interview d’Akhenaton réalisée 20 ans après

     

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