• Interview Da Lausz, ex-Little Mc’s (1993)

    On ne fait pas du rap français, on fait du rap EN français. C’est à dire que moi, je ne cherche pas à inventer mon son ou à mettre des guitares ethniques.

    Ronald L et Sulee B (Cité de la Vanoise, Vitry-sur-Seine, 1993) – Photo © Down With This

    Interview réalisé en 1993 (DWT numéro 2, édition papier)

    Down With This : Pourquoi avez-vous changé votre nom de groupe ?
    Sulee et Ronald : Déjà, tu grandis, tu changes. Le nom n’allait plus vraiment avec le style de musique qu’on faisait donc on a voulu changer. Little était un nom que l’on a pas vraiment choisi, c’est le Mouvement Authentique qui nous l’avait donné, comme on était les plus jeunes, ils nous appelaient toujours les petits. On a même pas eu le temps de se dire : il faut qu’on choisisse un nom si on veut monter un groupe alors nous nous sommes appelés Little. Après le Mouvement Authentique, tout a enchaîné et on n’avait pas pensé à changer de nom. Tout est arrivé lors du concert de Gangstarr à Ornano, il y a environ un an (ndlr : en 1992).

    DWT : Da Lausz signifie « salaud » en langage du « veul » ? Pourquoi ce nom…
    Sulee et Ronald : Non, c’est pas salaud, en vérité Lausz c’est un lascar, un pote.


    DWT : Pourquoi avez-vous disparu du marché du disque après votre premier album « Les Vrais » ?
    Sulee et Ronald : Déjà par rapport à Da Lausz, avec Phonogram, il était préférable de casser le contrat parce que ce qu’on faisait avait changé, c’était plus hard-core. A l’époque de cet album, les influences c’étaient toujours EPMD, Big Daddy Kane, mais on ne l’avait pas fait remarquer.

    DWT : Pourquoi voulez-vous marquer vos influences ?
    Sulee et Ronald : Parce que nous, on ne fait pas du rap français, on fait du rap EN français. C’est à dire que moi, je ne cherche pas à inventer mon son ou à mettre des guitares ethniques. Pour devancer les américains, il faut faire la même chose qu’eux, donc nous c’est ce qu’on fait, et on aura qu’un style : hard-core / p-funk.

    DWT : Que pensez-vous du rap français à venir ?
    Sulee et Ronald : Pour moi, le hip hop ne se trouve pas à Paris, il se trouve à Vitry et je ne parle pas que de la Mafia Underground. T’as des jeunes qui poussent, qui cartonnent, qui tuent sans être de la Mafia tu vois. Et je me dis que ces mecs-là ne verront jamais de contrat, parce qu’à Paris, c’est un boycott perpétuel et ça nous fout les boules. Là, on va créer notre monde, notre style et ceux qui seront down avec nous, ils viendront et ceux qui seront contre nous, ils iront se faire foutre. Moi, je dis que le hip hop français sera naze tant que les gens ne voudront pas tout écouter et avoir une plus grande oreille sur les groupes. J’ai envie que ça fasse comme aux states, qu’il y ait une production par ci, par là. Mais les mecs qui ont le pouvoir ne font rien.

    Le hip hop français sera naze tant que les gens ne voudront pas tout écouter et avoir une plus grande oreille sur les groupes.

    DWT : Et les Cool Sessions ?
    Sulee et Ronald : (rires) Je vais te dire franchement, sans toucher les groupes qui sont à l’intérieur, c’est du temps perdu et ça n’a pas profité au rap.

    DWT : Mais les maxis vont suivre…
    Sulee et Ronald : Il n’y en a aucun chez moi. Pourquoi ils n’ont pas sorti Lucien en maxi ? Je pense que les Cool Sessions ne sont pas fait pour monter le hip hop, je ne dis pas de nom, mais ça monte toujours les mêmes personnes. S’ils avaient voulu faire quelque chose pour le hip hop, ils auraient sorti en premier Sages Poètes de la Rue, Lucien, Démocrates D. Pourquoi ils sortent que les gentils ? …palapalapapala… (en chantant)

    DWT : Ménélik ?
    Sulee et Ronald : Ouais. (éclatement de rires) Tu vois, nous, on nous a dit « vous ne gagnerez aucunes cacahuètes avec ce que vous faîtes », mais moi j’en ai rien à foutre. Ménélik, je ne le connais pas, j’ai rien contre lui, mais j’en ai marre de cette mode jazz. Il y a jazz et jazz.

    Mot de la fin ?
    Sulee et Ronald : Longue vie à Da Lausz, à la Mafia Underground et ceux qui suivent la même direction que nous. On encourage les groupes à travailler comme le fait Assassin, « l’autodémerdance » comme on dit à Vitry. Il faut que les groupes arrêtent de rêver avec les majors, les maisons de disques, il faut apprendre à se débrouiller seul.

    Propos recueillis en 1993 par Nobel et Lavokato

    Découvrez notre interview de Sulee B Wax réalisée en 2013

    Sté Strausz, Nobel (DWT), Ronald L et Sulee B (Vitry-sur-Seine, 1993) – Photo © Down With This

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