• Interview Saï Saï (1993)

    C’est une question de maturité. Il faut être assez mature pour dire qu’on fait tous de la musique et que quelque part, on doit former une grande famille.

    Photo © Alain Garnier

    Interview réalisé en 1993 (DWT numéro 1, édition papier)

    Ramsès : SALUT !

    Down With This : N’avez-vous pas l’impression de vous éloigner du mouvement en travaillant avec les Satellites (rock alternatif) ?
    Ricky : Pas du tout. c’est justement pour donner au mouvement une ouverture, parce qu’il est en train de se coincer dans certains trucs, rester trop underground. Nous, on est pas dans les délires étiquettes. On est des DJ, donc on peut toaster sur toutes les musiques.
    Ramsès : Et puis quand tu dis le mouvement, je sais pas si tu veux dire qu’il y a 150 000 mouvements hyper séparés les uns des autres.

    DWT : D’où est venue l’idée de la fusion entre les deux groupes ?
    Ramsès : Déjà, on avait tourné le clip de « Rouleurs à l’heure » à coté de chez Polo, le chanteur des Satellites.
    Ricky : On l’a réveillé dès le matin en faisant « Rouleurs à l’heure » à fond la caisse.
    Ramsès : Après, on a joué ensemble à l’Olympia.
    Ricky : On a fait. leur première partie. Ensuite ils nous ont appelé et demandé si on pouvait faire un morceau ensemble. Et dans le studio, on a fait quatre morceaux au lieu d’en faire un seul. L’idée est venue de faire une capture.
    Ramsès : C’est deux forces qui se rencontrent pour faire une meilleure force.

    DWT : Est-ce que ça va durer ?
    Ricky : Ca dure jusqu’en octobre. Il y a un disque sur le marché et puis une tournée cet été. C’est justement pour montrer qu’on est des gens vachement ouverts d’esprit.
    Ramsès : En France. ça reste quand même vachement dans le truc de mettre des étiquettes sur les musiques, je suis pas trop là-dedans. La musique c’est huit notes.
    Ricky : Bon, c’est sur qu’il y a deux ou trois imbéciles, qui sont soi-disant dans le mouvement, qui vont dire qu’on est en train de changer, de délirer, qu’on est plus dans le mouvement. Mais ça c’est pas grave, je m’en fous, ils parlent mais ils ne nous font pas bouffer. (rires)
    Ramsès : Si, au contraire, ils parlent de toi. ça fait de la promo.

    Il y a trop de vampires dans le business qui viennent prendre les artistes et qui les enculent en force. Tu sais comment on dit « je vais t’enculer » dans le show-business ? On te sert la main et on te dit : « fais moi confiance ».

    DWT : Après avoir travaillé sur Rapattitude, pourquoi n’avez vous pas continué à travailler sur ce même label ?
    Ricky : La raison est simple, c’est qu’il y a trop de vampires dans le business qui viennent prendre les artistes et qui les enculent en force dont le producteur de « Rapattitude ». Je ne continue pas à travailler avec des mecs qui veulent nous enculer, c’est tout.

    DWT : C’était donc une opération commerciale ?
    Ricky : Bien sur. Pour t’expliquer le business de « Rapattitude », il s’est dit : je vais prendre des petits jeunes qui n’ont jamais rien fait et je vais me faire de l’argent sur leur dos en vendant leur musique à une grosse compagnie. C’est hyper facile, « Rapattitude » a été vendu à 80 000 exemplaires et moi, j’ai même pas touché une patate dessus. Tu sais comment on dit « je vais t’enculer » dans le show-business ? On te sert la main et on te dit : « fais moi confiance« .

    DWT : « Rapattitude » vous a quand même lancé ?
    Ricky : Ouais, c’est ça le seul truc positif que ça a apporté, c’est que ça a été bien diffusé. Tout le monde connaît « Rouleurs à l’heure« . C’est un morceau qui date d’un certain moment. A mon avis, on a été vachement cool avec ce mec de l’enregistrer sur sa compil parce qu’on aurait dû le sortir en single. En vérité, c’est une fleur qu’on lui a donné, puis il nous a fuck.

    DWT : Comment jugez-vous les différents problèmes entre rappeurs et toasteurs ?
    Ricky : C’est une question de maturité. Il faut être assez mature pour dire qu’on fait tous de la musique et que quelque part, on doit former une grande famille.
    Ramsès : C’est normal, dans une famille, t’as toujours des petits problèmes entre cousins.

    DWT : Ca casse la famille alors ?
    Ramsès : Mais non, ça casse rien du tout !
    Ricky : C’est de la tchatche.
    Ramsès : C’est pas un problème. La vérité c’est que c’est de la musique, des concerts, des disques qui sortent et puis le reste c’est rien.
    Ricky : Le mec qui écoute de la musique, il est pas sensé savoir qu’untel n’aime pas l’autre, ça c’est de la rivalité à 3 francs 50. Tu sais à qui ça profite ? Ca profite aux maisons de disques, c’est tout. Je préfère un mec qui fait une chanson sur moi qui dit : Saï Saï, ils sont pourris, ils ne valent pas un clou. Je suis content parce que le mec parle de nous. Il nous fait de la pub, c’est cool. Si je lui répond, je lui ferai aussi de la pub : je préfère même pas le citer et qu’il se reconnaisse dans une de nos chansons. De toute façon, Saï Saï n’a aucun problème avec personne.

    Saï Saï (Ramsès et Ricky), EJM et Tonton David – Chapiteau Fratellini, Porte de Pantin (1990) – Photo © Alain Garnier

    DWT : Quels sont vos préférences au niveau du rap et du ragga français ?
    Ricky : Moi j’aime bien Solaar pour les textes. Il a de super bons textes, les productions sont pas mal.
    Ramsés : J’aime bien aussi NTM et IAM. Même Les Little, Assassin.
    Ricky : IAM, Démocrates D. c’est bien. Sinon pour le ragga, c’est Daddy Yod, Daddy Nuttea, Super John, Pablo Master car il est là depuis longtemps. Raggasonic, tous les jeunes qui arrivent, il y en a qui ont des supers bons talents.

    DWT : Vous n’avez jamais eu de problèmes en Jamaïque ?
    Ricky : Non aucun. On a eu moins de problèmes en Jamaïque qu’à Paris.
    Ramsès : Non, aucun problème en Jamaïque. Nice !

    DWT : Dans la tournée, le public ne va pas penser : « Qu’est-ce que font les Saï Saï avec les Satellites ? »
    Ramsés : S’ils viennent pour voir Saï Saï, ils voient Saï Saï mais s’ils viennent pour voir les Satellites, ils voient les Satellites.
    Roro : C’est typiquement français le fait qu’il y ait une petite étiquette. Il y a eu vachement de monde aux concerts et il n’y avait pas un clan Saï Saï et un clan Satellites.
    Ricky : Le trip c’est de rapprocher les gens.
    Polo : Il y a même des gens qui sont super branchés ragga et qui sont content de voir Saï Saï jouer avec des instruments.

    DWT : Ne pensez-vous pas qu’il y a plein de gens qui vont prendre ça comme une opération commerciale ?
    Roro : Les gens vont venir aux concerts où ils ne viendront pas, tant pis pour eux. Ceux qui viennent, après ils penseront ce qu’ils voudront mais une fois qu’ils auront vu, je pense que leur avis changera.
    Ricky : Il y a plein de mecs sectaires et coincés d’esprit qui vont dire que c’est une opération commerciale. Dès que ça rentre dans les grosses promotions, que ça a des chances de rentrer dans les classements, dans les charts, dans des tops, direct, c’est commercial. C’est de la merde et bien ça, c’est un mauvais esprit.
    Ramsès : En vérité, c’est des petites jalousies. Quand MC Solaar est sorti, tout le monde l’aimait bien. Aujourd’hui, deux ou trois petits bouffons de leurs races disent que MC Solaar, c’est de la daube, c’est de la variété. Pourquoi ? Parce qu’il marche ?

    DWT : Ne trouvez-vous pas qu’il y a un manque de structure dans le mouvement hip hop ?
    Ricky : Oui, c’est flagrant.
    Ramsès : Il y a surtout un manque de sérieux et d’organisation. Chacun de spécialise dans ce qu’il aime et puis il concrétise ses idées.
    Ricky : Tous ces mecs apportent une pierre pour construire quelque chose de carré.
    Ramsès : …une grande pyramide.

    DWT : Et vous y croyez en cette pyramide ?
    Ramsès : Ah ouais ! Elle est déjà assez haute. Maintenant, il y a de la bonne musique qui sort en France et qui est de bonne qualité, donc la daube est en train de sauter.

    DWT : Mot de la fin ?
    Ricky : Le mot de la fin, c’est « Peace pour tout le monde. Respect to the max ».
    Roro : C’est achetez « Protégez les bébés« .
    Ramsès : « Hortical big up du fond du cœur et respect au max pour toutes les jeunes filles ».
    Polo : Moi, c’est comme Ramsès (rires).

    Propos recueillis en 1993 par Nobel
    Retrouvez l’édition originale du premier numéro de Down With This parue en 1993 contenant l’interview de Saï Saï en
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Discussion Un commentaire

  1. 6 mai 2012 à 9 h 20 min

    Gros souvenirs !! Ils venaient souvent nous voir voir Rue des Cinq diamants dans le 13e lorsque nous étions en train de préparer les premiers numéros de ITox… Une soir on a même eu le droit a un show en live et dans mon souvenir il n’y avait que Florent Massot et moi… Big up les gars !!!!!!!

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